Ryanair en France

Posted on 21/01/2018

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Source: Les echos du 18-01-18

Et l’article paru dans le journal Le Monde
Ryanair lance sa campagne de France
Guy Dutheil
La compagnie aérienne à bas coût veut ouvrir quatre bases dans l’Hexagone et recruter 1 000 salariés

Ryanair reprend l’offensive. A en croire la compagnie irlandaise à bas coût, l’exode à l’automne 2017 de centaines de ses pilotes et les annulations de dizaines de milliers de vols ne seraient plus qu’un mauvais souvenir. Pour prouver un dynamisme retrouvé, elle a fait de la France son nouveau champ de bataille. Il faut dire que la compagnie la plus rentable d’Europe n’a encore jamais réussi une véritable percée dans l’Hexagone. Alors que sa part de marché moyenne en Europe est de 15 %, elle ne dépasse pas 6 % en France. Un retard que Ryanair veut absolument combler.

L’objectif de la compagnie aérienne est de conforter son implantation pour attirer de nouveaux clients. Ryanair a affirmé, mercredi 17 janvier, à l’occasion d’une conférence de presse « avoir pris la décision d’ouvrir quatre bases en France d’ici à 2019 ». Toutefois, elle n’aurait pas encore choisi les villes où elle compte déployer ses équipes. Beauvais, Nantes, Marseille, Toulouse et Lyon sont en concurrence. Avec ces quatre futures implantations, « nous pensons raisonnablement pouvoir doubler d’ici trois ou quatre ans notre trafic en France », a précisé David O’Brien, directeur commercial de Ryanair qui, pendant cette période, veut faire passer le nombre de passagers transportés de dix millions à vingt millions.

Contrats français

Pour parvenir à ses fins, la compagnie low cost qui a toujours flirté avec les limites de la réglementation, notamment sociale, pour maximiser ses bénéfices, a choisi de rentrer dans le rang. En décembre, pour la première depuis son lancement il y a trente-deux ans, la compagnie irlandaise a reconnu les syndicats de pilotes. Elle y avait été contrainte par le départ massif de plusieurs centaines de ses navigants et par des menaces de grève.

Pour s’installer en France, la compagnie irlandaise à bas coût se déclare prête à composer avec la réglementation sociale locale. Un passage obligé pour lancer ses projets de développement dans l’Hexagone. En 2013, Ryanair avait été condamnée pour ne pas avoir déclaré des salariés basés à Marseille. Cette fois, la compagnie prévoit de créer quatre bases qui la conduiront à déployer, à terme, une trentaine d’avions. Mieux, Ryanair prévoit déjà l’embauche, avec des contrats français assure-t-elle, de plus d’un millier de salariés dont plus de trois cents pilotes.

Pour réussir son atterrissage en France, la compagnie a choisi de nouer de bonnes relations avec le puissant Syndicat national des pilotes de lignes (SNPL). Mercredi, la direction de la compagnie irlandaise a rencontré des représentants du syndicat. « Une réunion informelle », pondère-t-elle. L’idée de Ryanair, fait savoir un syndicaliste, est « de travailler avec le SNPL pour mettre au point un contrat de pilote qu’elle pourrait proposer à ses futurs salariés ».

Ce soudain appétit pour le dialogue social ressemble aussi à une tentative pour redorer l’image de la compagnie. M. O’Brien a juré que « la crise des annulations » de l’automne dernier « est terminée et ne se reproduira plus ». Ryanair veut désormais séduire les pouvoirs publics. A l’en croire, l’élection d’Emmanuel Macron « a créé un nouvel environnement économique plus favorable à l’investissement ». Le « nouveau président serait “job friendly” ».

Au point que Ryanair se sent pousser des ailes. Cantonnée aux aéroports secondaires, elle veut désormais obtenir des créneaux de vols dans les grands aéroports comme Orly et Roissy. Notamment pour viser la clientèle d’affaires. Elle milite pour la privatisation d’Aéroports de Paris (ADP) qui gère Roissy-Charles-de-Gaulle, Orly et Le Bourget. « Nous voulons libérer Paris. Nous voulons que le gouvernement vende ADP », n’a pas hésité à clamer David O’Brien.

La compagnie irlandaise vise surtout Orly. Selon lui, « 40 % des capacités de l’aéroport ne seraient pas utilisées ». Orly n’accorderait « que 250 000 créneaux de vols alors que son potentiel est de 400 000 ». Ryanair s’appuie sur l’exemple de la vente de l’aéroport d’Heathrow à Londres qui a fait bondir le trafic « de 17 à 25 millions de passagers ».