Douze Thunderbolt II de retour à Kandahar Afghanistan

Posted on 02/02/2018

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Lire sur http://www.defens-aero.com/2018/01/us-air-force-deploie-a-10c-thunderbolt-ii-afghanistan.html

Lire aussi http://psk.blog.24heures.ch/archive/2018/01/28/l-usaf-relance-la-production-d-ailes-pour-le-a-10-865088.html

et sur le contexte afghan un extrait du journal Le Monde du 02-02-2018

INTERNATIONAL|CHRONIQUE PAR ALAIN FRACHON
En Afghanistan, le bon Trump

Dans cette affaire, Donald Trump a raison. Le président américain a tweeté en janvier ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait osé dire. La guerre d’Afghanistan ne prendra fin que lorsque les Pakistanais cesseront de l’entretenir. Le Pakistan est un « allié » de l’Amérique ? Tant pis. Trumpissime, Trump envoie promener les convenances diplomatiques. Cette guerre dure depuis seize ans. Elle est la plus longue que les Etats-Unis aient jamais menée. Jésuites, les militaires américains disent : « En Afghanistan, nous ne perdons pas, mais nous ne gagnons pas non plus. » L’actualité est plus cruelle. A intervalles réguliers, elle renvoie le Pentagone à ce qu’il faut bien appeler un échec.

Du 20 au 29 janvier, quatre attaques des talibans – ces insurgés afghans qui mènent le combat contre le gouvernement de Kaboul – ont tué plus de 150 personnes et en ont blessé des centaines d’autres – pour la plupart des civils. Cette série d’attentats a semé la désolation dans la capitale. Pour les neuf premiers mois de 2017, l’ONU a recensé la mort de 2 640 civils afghans, dont 700 enfants, tous, ou presque, tués par les talibans. « Pourquoi sommes-nous – toujours – en Afghanistan ? », demande la presse américaine. La réponse officielle ne varie pas : pour empêcher Al-Qaida d’y revenir ; pour consolider le gouvernement central ; pour être en position de force dans une éventuelle négociation avec les talibans. Résultat ? Les groupes djihadistes sont de retour, les talibans plus actifs que jamais, et le gouvernement afghan est miné par la corruption et les rivalités ethniques.

A contrecœur, Trump n’en a pas moins renouvelé le mandat de l’armée américaine. En juin 2017, il a accepté la demande du secrétaire à la défense, James Mattis, d’ajouter quelque 4 000 soldats au contingent des 9 000 Américains restés en Afghanistan – essentiellement pour entraîner et encadrer les forces afghanes. Un renfort de quelques milliers d’hommes va-t-il changer les choses ?

La question a dû tourmenter Trump. Début janvier, il a semblé pris de remords. A quoi sert de se battre contre les talibans si le Pakistan continue à leur offrir refuge et assistance ? Rageur, le Tweet présidentiel du 1er janvier accuse Islamabad d’abriter « les terroristes que [Washington] pourchasse en Afghanistan ». « Les Etats-Unis ont stupidement donné plus de 33 milliards de dollars au Pakistan depuis quinze ans, poursuit-il ; en retour, nous n’avons récolté que mensonges et tromperies. » Le 4 janvier, les Etats-Unis ont annoncé la suspension de leur assistance militaire annuelle – 1,3 milliard de dollars (1 milliard d’euros) – à Islamabad.

Depuis quarante ans, au moins, les Afghans vivent dans la guerre – la leur et, par procuration, celle des autres. De 1979 à 1989, les moudjahidin afghans, appuyés par les Etats-Unis, luttent contre l’armée soviétique. Elle est intervenue en Afghanistan pour soutenir le régime procommuniste de Kaboul que les moudjahidin s’efforcent d’abattre. Les Soviétiques partis, les moudjahidin s’entre-tuent, sèment le chaos et laissent le pouvoir en déshérence.

Venus du Pakistan, qui les a formés et équipés, les talibans s’emparent de Kaboul en septembre 1996. Ces fondamentalistes musulmans ramènent, par la terreur, un semblant de calme. Mais, complicité ou faiblesse, ils laissent Al-Qaida s’installer chez eux. La guerre américaine commence au lendemain des attentats perpétrés par le groupe d’Oussama Ben Laden le 11 septembre 2001. Dès novembre, Al-Qaida est chassée d’Afghanistan, et ses hôtes talibans, de Kaboul. Leurs chefs repartent au Pakistan.

La stratégie pakistanaise est simple. L’armée d’Islamabad veut contrôler l’Afghanistan. Ce pays doit fournir au Pakistan la profondeur stratégique requise, une sorte de base arrière en cas de guerre avec l’Inde. Depuis sa création, en 1947, « le Pakistan s’est défini comme un Etat perpétuellement menacé par le géant indien », dit, dans le New York Times, Richard Olson, ancien ambassadeur américain dans la région. La décision d’Islamabad de se doter de l’arme nucléaire et de s’assurer, par talibans interposés, une manière de tutelle sur l’Afghanistan vient de là : l’obsession indienne de l’état-major pakistanais.

Celui-ci entretient la guerre que mènent ses protégés afin d’empêcher Kaboul de tomber sous influence « étrangère » hostile (au Pakistan). A l’adresse des Américains, on pratique une sorte de double jeu : les aider un peu dans la lutte contre le djihadisme, qui a fait des milliers de victimes au Pakistan et, de l’autre main, activer l’insurrection talibane pour peser sur l’avenir de l’Afghanistan.

Les experts font valoir que la décision de Trump de se brouiller avec Islamabad va buter sur un problème logistique. Pour son ravitaillement, par route et par air, le contingent américain en Afghanistan dépend du bon vouloir du Pakistan. Raisonnement à court terme, réplique un autre ancien ambassadeur américain, Zalmay Khalilzad. C’est parce qu’elle reste en Afghanistan que l’armée américaine se place dans la dépendance du Pakistan. Pour en sortir, il faut, comme le veut Trump, amener Islamabad à cesser d’appuyer les talibans.

De plus en plus proches de l’Inde, les Américains observent la cour assidue que la Chine fait au Pakistan. En investissements, Pékin a promis 60 milliards de dollars à Islamabad. Les Chinois, qui s’intéressent aussi à l’Afghanistan, redoutent l’islamisme façon talibans. Les Russes également, pour des raisons liées à la stabilité de l’Asie centrale. Washington, Moscou, Pékin : belle convergence d’intérêts. Il faudrait savoir l’exploiter, pour affaiblir les talibans et les amener à négocier avec Kaboul. Pour cela, il faudrait un Richard Nixon à la Maison Blanche. Le 1er janvier, Trump a bien tweeté, certes, mais il ne croit pas dans la diplomatie, hélas.