L’Airbus A321LR sera-t-il le MOM ?

Posted on 02/02/2018

0


MOM : Middle of the Market
Voir aussi https://lf5422.com/2017/03/27/boeing-et-le-mom/ et http://www.air-cosmos.com/avec-l-a321neo-airbus-a-aussi-son-mom-79191
Extrait du journal Le Monde du 2-02-2018
Après le premier vol de l’A321LR, Airbus complète sa gamme anti-Boeing
Guy Dutheil
L’avionneur européen veut conforter son avance sur le segment des moyen-courriers

Un combat acharné oppose Airbus à Boeing sur le segment des avions moyen-courriers. Avec le premier vol réussi de l’A321LR, mercredi 31 janvier au-dessus de Hambourg, en Allemagne, l’avionneur européen n’a pas encore gagné la guerre, mais il a déjà remporté une grande bataille. L’A321LR est un avion d’un nouveau genre. Une manière de quadrature du cercle. En effet, le dernier-né d’Airbus combine l’efficacité économique d’un moyen-courrier avec les capacités opérationnelles d’un long-courrier. Autrement dit, il ne coûte pas cher à exploiter tout en transportant un grand nombre de passagers pour des destinations lointaines. 137 millions d’euros, prix catalogue, contre 129,5 millions d’euros pour un A321neo standard. Les compagnies aériennes en rêvaient, Airbus l’a fait !

Avec cet appareil, le constructeur est convaincu  » d’ouvrir un nouveau chapitre dans l’histoire de la famille A320  » qui regroupe tous les moyen-courriers. Le nouvel appareil est doté d’un rayon d’action de 7 400 kilomètres et peut transporter jusqu’à 240 passagers.  » Il permet de joindre de nouvelles destinations qui étaient inaccessibles à un avion moyen-courrier « , se félicite l’avionneur. Avec ses réservoirs supplémentaires, l’appareil ouvre de nouvelles routes. Notamment transatlantiques. L’A321LR pourra relier Paris à New York, mais aussi joindre Sidney depuis Singapour ou Pékin depuis Dubaï.

D’emblée, l’avion se place au centre de tous les grands enjeux actuels de l’aviation commerciale. Il vient se positionner au milieu de marché. A mi-chemin entre les moyen-courriers et les gros-porteurs. Pile à l’endroit où Boeing souffre d’un trou dans sa gamme. Son 757 est plus que vieillissant, et le successeur ciblé pour le  » middle of the market  » est encore dans les cartons. Surtout, l’arrivée de l’A321LR vient renforcer la domination d’Airbus sur le segment en plein boom des avions moyen-courriers.

 » Un nouveau blockbuster  »

Depuis 2010, le groupe européen fait la course en tête avec ses mono-couloirs de la famille des A320. A l’époque, il avait pris le marché de vitesse avec l’annonce du lancement de l’A320neo. Un appareil équipé d’un moteur bien moins gourmand en carburant qui séduit les compagnies aériennes. Les commandes affluent. Avec cette nouvelle génération d’avions, Airbus a bousculé le calendrier de Boeing, qui ne prévoyait alors de revoir sa gamme de moyen-courriers qu’en 2025. Son rival était plus focalisé sur les long-courriers, et notamment son 787 Dreamliner. Des appareils bien plus rémunérateurs à l’unité, mais moins en vogue auprès des compagnies aériennes.

L’heure est aux transporteurs à bas coûts qui multiplient les commandes de mono-couloirs. Depuis, le constructeur américain n’a jamais pu refaire son retard. Aujourd’hui, Airbus contrôle plus de 60 % de parts de marché des moyen-courriers. Il prévoit même de détenir 80 % du marché des moyen-courriers à long rayon d’action grâce à son A321LR.  » C’est un nouveau blockbuster « , se félicite Airbus. Il prévoit d’en vendre plusieurs centaines et veut en faire  » le navire amiral  » de sa gamme de mono-couloirs.  » Il y a un énorme potentiel pour cet appareil « , veut croire l’avionneur. Selon ses estimations, pour les vingt ans à venir, les compagnies aériennes auront besoin de plus de 24 000 moyen-courriers.

L’appétit des compagnies semble déjà lui donner raison. Avant même ses premiers coups d’ailes, l’A321LR a été commandé à 100 exemplaires. Les compagnies low cost en raffolent. Norwegian en a pris 40 et veut concurrencer les compagnies régulières sur les très rémunératrices liaisons transatlantiques. Mais cette fois, les Air France, Lufthansa et autre British Airways n’ont pas l’intention de se laisser faire. Pas question de traiter les low cost long-courriers par le mépris comme elles avaient pu le faire il y a plus de vingt ans quand se sont lancées les easyJet et autres Ryanair.

En confidence, Airbus reconnaît qu’Air France et consorts sont intéressées par l’A321LR. Il pourrait être l’avion idéal pour desservir des destinations long-courriers secondaires telles des Nice-Atlanta ou des Bordeaux-New York. A l’exemple de la compagnie Azores, qui a choisi l’avion pour relier Boston aux Açores. Les compagnies régulières pourraient aussi opter pour ce nouvel appareil si elles se décident à lancer des low cost long-courriers. Air France-KLM, qui doit renouveler sa flotte moyen-courrier, a reconnu qu’elle y  » réfléchissait « . Même les compagnies américaines seraient séduites : après Delta qui a passé commande, d’autres devraient suivre, laisse entendre Airbus.

Pour que le succès d’Airbus soit total, l’avionneur devra parer le risque que l’A321LR grignote des parts de marché à sa gamme de long-courriers, A330, A350 et surtout A380. Aux dires de Klaus Rowe, le patron de la famille des A320 d’Airbus, cet avion a été conçu  » pour décongestionner les hubs [les grands aéroports carrefours] avec des liaisons point à point, de ville à ville « . Exactement l’inverse de l’A380, qui lui a été prévu pour alimenter les hubs au ciel encombré alors que le trafic passager devrait doubler tous les quinze ans.