Space X : premier vol du Falcon Heavy

Posted on 07/02/2018

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Et en vol début février 2018

 

Lire https://www.lesechos.fr/industrie-services/air-defense/0301204553985-space-x-compte-lancer-sa-nouvelle-super-fusee-dans-une-semaine-2148044.php

La fiche Wikipedia: https://en.wikipedia.org/wiki/Falcon_Heavy

Lire aussi https://www.nytimes.com/2018/02/06/science/falcon-heavy-spacex-launch.html

Extrait du journal Le Monde (Dominique Gallois)

L’odyssée vers Mars de SpaceX

Test des moteurs de la Falcon Heavy de SpaceX, le 24 janvier, à Cap Canaveral (Floride). SpaceX via AP

La société d’Elon Musk lance une fusée ultrapuissante, avec, en ligne de mire, la Planète rouge

La destination est l’orbite de Mars, la voiture restera dans l’espace lointain un milliard d’années, si elle n’explose pas pendant le lancement. » Mardi 6 février, deux mois après la publication de ce Tweet surprenant, Elon Musk devait être fixé sur le sort de son cabriolet Tesla rouge cerise. Ce jour-là, si le calendrier est respecté, devait décoller de Cap Canaveral, en Floride, la Falcon Heavy, présentée comme la fusée la plus puissante du monde depuis le dernier vol, voici quarante-cinq ans, de Saturne V, le lanceur des missions Apollo.

Pour ce vol d’essai, la fusée n’emporte pas de satellites pour un client particulier, mais la voiture électrique du milliardaire américain, au son de Space Oddity, la chanson de David Bowie. Un vol privé en quelque sorte, puisque tant Tesla que SpaceX, qui fabrique le lanceur, ont été fondées par Elon Musk. Celui qui, pendant des années, avait été regardé avec condescendance par le monde spatial est devenu, en cinq ans, incontournable. Avec des financements publics venant de la NASA et du département américain de la défense, sa firme privée a pu développer un lanceur Falcon 9 et casser les prix des mises en orbite de satellites de télécommunications. Sa fusée s’est ainsi substituée au russe Proton dans le duopole formé avec Ariane sur le marché commercial des lanceurs. L’un comme l’autre se disputent la première place mondiale.

Mais l’ambition d’Elon Musk est avant tout la conquête spatiale, et surtout l’installation sur Mars. D’où sa volonté de concevoir des fusées plus puissantes. Pour cela, la Falcon Heavy dispose d’une capacité double de celle du plus gros lanceur actuel, le Delta IV américain de Boeing et Lockheed Martin.

Dotée de vingt-sept moteurs Merlin, elle pourra propulser en orbite « plus de 54 tonnes, soit une masse équivalente à un Boeing 737 chargé de ses passagers, équipage, bagages et carburant », précise SpaceX sur son site Internet. Concrètement, il s’agit de trois fusées de types Falcon 9 réunies ensemble qui seront réutilisées. Deux des trois premiers étages, chacun haut de 70 mètres, ont déjà servi et reviendront se poser sur terre à Cap Canaveral. Le troisième, celui du milieu, dont la structure a été renforcée pour résister à la chaleur des deux autres, reviendra sur Terre un peu plus tard.

« Ce lanceur a une puissance phénoménale, mais pour quoi faire ? », s’interroge Philippe Berterottière, ancien directeur commercial d’Arianespace, qui y voit un risque potentiel pour la fusée européenne. « Comme il est encore trop tôt pour se lancer dans l’exploration spatiale, SpaceX va peut-être, entre-temps, utiliser ce lanceur sur le marché commercial. » Du côté d’Arianespace, on considère cependant que ce lanceur semble d’abord destiné aux missions institutionnelles américaines, et peut-être à la constellation de petits satellites que SpaceX veut déployer pour développer l’accès à Internet.

Pour l’instant, la fusée semble surdimensionnée. Dans ses quatre missions connues, dont deux en 2018, figurent des satellites pour la NASA, pour deux opérateurs de télécoms, le saoudien Arabsat et l’américain ViaSat et un vol privé autour de la Lune en 2019. « Ces missions n’optimisent pas le remplissage de la fusée, mais elles permettent sa qualification opérationnelle », constate Rachel Villain de la société d’études Euroconsult. « Ce lanceur de grande capacité en orbite basse est conçu pour transporter de grosses constellations, dont celle de SpaceX, par exemple, ou du matériel pour construire les éventuelles bases lunaires », insiste-t-elle.

Folie des grandeurs

S’interrogeant également sur son utilité, « à part pour des missions secrètes de la défense américaine », le directeur des lanceurs au Centre national d’études spatiales, Jean-Marc Astorg, estime que « cette fusée arrive peut-être trop tard, coincée entre deux programmes ». Car le projet, annoncé en 2011 par Elon Musk, aurait dû aboutir deux ans après. Il a cinq ans de retard. Entre-temps, la firme a augmenté la puissance de son modèle phare Falcon 9 pour l’adapter à la demande du marché. Et pour accélérer la conquête spatiale, SpaceX a dévoilé, en septembre dernier, une ébauche du BFR, pour Big Falcon Rocket, surnommé « Big Fucking Rocket » (« putain de grosse fusée ») par le milliardaire. Il s’agit d’une navette capable de se rendre sur la Lune et sur Mars avec des passagers. Premier vol prévu vers 2020 pour cet engin trois fois plus puissant que la Falcon Heavy. Première expédition humaine vers 2025.

« Nous revenons au temps des mammouths que nous avions connus dans les années 1960-1970. Nous allons voir si ces gros lanceurs peuvent connaître une deuxième vie », estime M. Astorg, au vu des projets en cours aux Etats-Unis. Car Elon Musk n’est pas le seul à avoir cette folie des grandeurs. Le fondateur d’Amazon, Jeff Bezos, avec sa société Blue Origin, prépare la New Glenn pour placer en orbite des charges lourdes, quand son lanceur sera prêt, dans deux ans.

Et, surtout, la NASA élabore, avec des industriels comme Boeing, le Space Launch System (SLS) pour conquérir la Planète rouge à l’horizon 2030. « Je pense fermement que la première personne qui mettra les pieds sur Mars arrivera là-bas grâce à une fusée de Boeing », fanfaronnait, en décembre dernier, le patron du groupe aéronautique américain, Dennis Muilenburg sur la chaîne CNBC. « Do it » (« Fais-le »), lui tweetait en retour Elon Musk.

D’où l’importance, pour SpaceX, du lancement de la Falcon Heavy. Si cette réponse à la concurrence est avant tout technologique, elle se veut aussi très symbolique. Le lancement se fera du pas de tir 39A à Cap Canaveral, le site historique des départs des vols Apollo et des navettes. Et c’est de là que la fusée d’Elon Musk, si tout va bien, embarquera, dans un an, ses deux premiers touristes, pour un voyage autour de la Lune.

Posted in: Actualités, Espace