Airbus : chiffres 2017

Posted on 16/02/2018

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Un extrait du journal Le Monde
Les bénéfices d’Airbus décollent grâce à des livraisons record
Guy Dutheil
Cependant, pour la deuxième année, les ratés du programme de l’avion militaire A400M ont pesé sur les résultats de l’avionneur européen
Voir aussi https://lf5422.com/2018/02/15/le-contrat-du-a-400m/

Ancien parachutiste, Tom Enders, pour mieux se défendre a choisi l’attaque !  » Nous avons surpassé tous nos indicateurs clés pour 2017, grâce à de très bonnes performances opérationnelles, en particulier au dernier trimestre « , s’est félicité le président exécutif d’Airbus à l’occasion de la présentation des résultats annuels du groupe, jeudi 15 février. De bons chiffres qui ont été salués en Bourse par une hausse de plus de 8 % à l’ouverture. Il est vrai que 2017 a tout d’une année record. Le carnet de commandes de l’avionneur européen est gonflé à bloc avec 1 109 commandes nettes contre 731 un an plus tôt. Une performance réalisée lors du dernier trimestre 2017.

A cette époque, Airbus a enregistré la plus grosse commande de l’histoire de l’aviation commerciale en vendant 430 appareils à la société américaine Indigo Partners. Au total, l’an passé, les prises de commandes se sont élevées à 158 milliards d’euros contre  » seulement  » 134 milliards d’euros en 2016. Le carnet de commandes est de 997 milliards d’euros contre 1 060 milliards d’euros en 2016. Le chiffre d’affaires quant à lui est resté stable à 66,8 milliards d’euros en 2017 contre 66,6 milliards d’euros en 2016. Le boom des livraisons d’avions (718 appareils livrés en 2017) a donné des ailes aux bénéfices du groupe qui ont quasiment triplé l’an passé, pour atteindre 2,87 milliards d’euros contre 995 millions d’euros un an plus tôt.

Des bons chiffres toutefois ternis par les nouveaux ratés du programme de l’avion militaire A400M qui accumule les problèmes techniques et les retards de livraisons. Une fois de plus, Airbus a été contraint de passer une charge de 1,3 milliard d’euros. En 2016, l’avionneur européen avait déjà provisionné 2,2 milliards pour faire face aux déboires récurrents de l’A400M.

Optimisme

Une nouvelle fois, M. Enders s’est voulu optimiste concernant l’avenir de l’avion de transport militaire.  » Nous avons amélioré la situation en matière industrielle et capacitaire, et convenu d’une remise à plat contractuelle avec les clients gouvernementaux qui devrait sensiblement réduire les risques résiduels du programme « , a assuré le président exécutif. Des assurances verbales qui interviennent après que le groupe a conclu, début février, un accord avec les pays (Allemagne, France, Royaume-Uni, Espagne, Turquie, Belgique, Luxembourg) qui ont commandé des exemplaires de l’avion. A l’en croire, cette  » remise à plat contractuelle avec les clients gouvernementaux (…) devrait sensiblement réduire les risques résiduels du programme « . L’avionneur en aura bien besoin. Depuis le lancement du programme A400M, Airbus a déjà cumulé plus de 8 milliards d’euros de provisions. Malgré les dérapages sans fin de l’A400M, M. Enders ne sort pas de sa feuille de route qui veut d’abord satisfaire les actionnaires. Cette année encore, ils ne seront pas maltraités, bien au contraire. Airbus a décidé de verser un dividende en progression de 11 % en 2017.

Sur le plan industriel, Airbus peut voir l’avenir en rose. L’avionneur a encore accentué sa domination sur le segment des appareils moyen-courriers. Le secteur le plus en forme de l’aviation commerciale, celui où la demande des compagnies aériennes du monde entier est la plus forte. Avec sa famille des A320 neo (A320, A321), des avions remotorisés pour être moins gourmands en carburant, l’avionneur européen détient plus de 60 % de parts de marché. Une domination qui devrait encore s’accentuer ces prochaines années après le premier vol réussi de l’A321LR.

Le dernier-né d’Airbus combine l’efficacité économique d’un avion moyen-courrier avec les capacités opérationnelles d’un long-courrier. Autrement dit, il ne coûte pas cher à exploiter tout en transportant un grand nombre de passagers pour des destinations lointaines. Prix catalogue, il coûte 137 millions d’euros, contre 129,5 millions d’euros pour un A321 neo standard. Ce nouvel appareil devrait accompagner l’essor des compagnies long-courrier à bas coûts. Ainsi, Norwegian, la plus en pointe des low cost long-courriers, en a déjà commandé une trentaine d’exemplaires notamment pour desservir ses routes transatlantiques entre l’Europe et l’Amérique du nord. Les compagnies américaines devraient suivre pour effectuer des liaisons coast to coast. Pour l’heure, Airbus joue sur du velours. Son rival Boeing n’a pas d’avion concurrent à lui opposer. Son futur 797 n’est encore qu’un projet dans les cartons qui ne devrait pas voir le jour avant le milieu de la prochaine décennie.

A la veille de la publication de ses résultats annuels, Airbus a réussi en joli coup avec le débauchage de Bruno Even actuel président de Safran Helicopter Engines, pour succéder à Guillaume Faury à la présidence d’Airbus Helicopters. Le recrutement de M. Even est un mauvais coup pour Safran qui est un des principaux fournisseurs de moteurs d’hélicoptères d’Airbus.

Toutefois M. Enders n’a pas que des occasions de se réjouir. Il n’en a pas terminé avec les enquêtes sur fond de corruption qui affectent le groupe. Le président exécutif, qui devra quitter ses fonctions en 2019, a confirmé, jeudi, que les autorités américaines avaient effectué une demande d’informations sur les pratiques du groupe qui sont au cœur des enquêtes menées en France et en Grande-Bretagne. Un danger potentiel pour l’avenir d’Airbus qui pourrait, dans le pire des cas, se voir interdire le marché américain.

Extraits du journal Les Echos