Extrait du journal Le Monde du 16/30/2026
… Il en va tout autrement des drones, pour lesquels la coopération est le plus avancée. Peu après l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, l’Iran a commencé à livrer des Shahed-136 à la Russie. Par la suite, un accord de licence a été signé avec un complexe industriel étatique situé à Ielabouga, au Tatarstan, à 900 kilomètres à l’est de la capitale russe, où les Shahed sont produits selon une version améliorée. Rebaptisé Gueran-2, ou 3 ou 5, ou encore Guerbera, ce drone est celui que l’armée russe tire actuellement par salves de plusieurs centaines chaque nuit sur les grandes villes d’Ukraine.
Au design iranien du Shahed basique s’est ajoutée la technologie russe, notamment le système de navigation Kometa-M, un récepteur satellite insensible au brouillage, ce qui lui permet de résister aux défenses électroniques modernes. D’autres innovations, iraniennes celles-là, sont venues renforcer les capacités de cet aéronef. Selon une enquête de l’agence Associated Press, publiée en juin 2025, la version récente de ce drone est équipée de huit antennes au lieu de quatre, et l’analyse des débris suggère que l’unité antibrouillage a été fabriquée en Iran au cours de l’année écoulée. Ces améliorations ont d’ailleurs été retrouvées sur des missiles iraniens destinés aux rebelles houthistes soutenus par l’Iran au Yémen.
Transmission d’expérience
Plus étonnant encore, des modules de brouillage russes ont été décelés dans les débris du Shahed iranien lancé sur la base britannique d’Akrotiri à Chypre dans la nuit du 1er au 2 mars. Selon les premières analyses des experts britanniques, le drone était équipé du système russe Kometa-M, d’où son aisance à percer les défenses antiaériennes de l’île. D’autres composants électroniques russes et des microprocesseurs occidentaux, obtenus de façon détournée par la Russie en dépit des sanctions, ont été retrouvés dans les reliquats de l’engin. C’est dire combien les innovations tactiques russes ont été intégrées par les Iraniens et inversement.
A force d’analyser les carcasses de drones et de missiles russes, les Ukrainiens sont au fait des améliorations apportées par Moscou aux Shahed pour affiner leur brouillage et leur ciblage. Au moins 31 composants électroniques étrangers ont été trouvés dans des débris du drone Shahed/Gueran-1, selon la base de données de la direction du renseignement de la défense ukrainienne.
Autre signe de la coopération irano-russe, Moscou, qui sait comment utiliser ses drones pour épuiser les défenses aériennes ukrainiennes, a transmis son expérience aux Iraniens. Ce schéma se retrouve dans les attaques menées par l’Iran contre les pays du Golfe. Il y a aussi cette tactique commune, qui consiste à envoyer une vague de leurres suivie d’un ou deux drones équipés d’ogives pour mieux déjouer les défenses ennemies. « Les schémas d’attaque iraniens sont caractéristiques de la façon dont la Russie attaque l’Ukraine », a pointé le secrétaire à la défense du Royaume-Uni, John Healey, jeudi 12 mars, à Londres. « Personne ne sera surpris de voir la main cachée de Poutine derrière certaines des tactiques iraniennes », a-t-il ajouté, soulignant « à quel point cette alliance d’agression a grandi au cours des dernières années ».
En effet, depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, les liens entre le Kremlin et la République islamique se sont considérablement resserrés. En janvier 2025, Vladimir Poutine et son homologue iranien, Massoud Pezeshkian, ont signé un pacte de coopération militaire, sans clause de défense mutuelle toutefois. Un an plus tard, Moscou livrait au régime iranien des véhicules antiémeute, un logiciel de reconnaissance faciale et une expertise en cybersécurité pour l’aider à réprimer les manifestations antigouvernementales.
Partageant la même détestation des Etats-Unis et de leurs alliés, les deux poids lourds pétroliers des pourtours de la mer Caspienne ont beaucoup appris l’un de l’autre, notamment sur le détournement des sanctions. Comble de l’ironie, Moscou, comme Téhéran, fabrique actuellement ses drones grâce à des composants occidentaux obtenus en sous-main et acheminés par des pays intermédiaires, au rang desquels figurent les Emirats arabes unis, qui se retrouvent aujourd’hui visés par les attaques de ces mêmes drones.
Grand Continent: https://legrandcontinent.eu/fr/2026/03/14/le-vrai-cout-de-production-dun-drone-shahed-136-pourrait-etre-denviron-3-500-euros/
Extrait
Le drone Shahed-136 de fabrication iranienne est une arme simple 1. Ses ailes en delta, d’une envergure de 2,5 mètres, sont en fibre de verre et se terminent par deux stabilisateurs verticaux fixes. Les ailerons de contrôle arrière sont actionnés par de simples servomoteurs.
- Il est équipé d’un système de pilotage automatique, d’un récepteur GPS et d’un module de données 2.
- La propulsion est assurée par un moteur à quatre cylindres en aluminium moulé refroidi par air et développant 50 chevaux, qui entraîne une hélice propulsive.
- Il peut voler à une vitesse de 185 kilomètres par heure tout en transportant une ogive de 40 kilogrammes sur une distance de 2 000 kilomètres.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Shahed_136



