En savoir plus sur le Patriot voir https://fr.wikipedia.org/wiki/MIM-104_Patriot (rétroacronyme de Phased Array Tracking Radar to Intercept on Target, « poursuite à antenne active pour l’interception de cibles »)
Source: Le Monde
Volodymyr Zelensky le réclamait depuis des mois, il l’a finalement obtenu, contre toute attente, mercredi 8 juillet, au détour du sommet annuel de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) à Ankara : le président américain, Donald Trump, a donné son feu vert à l’Ukraine pour la fabrication sous licence de missiles Patriot. Une annonce inattendue, qui ouvre de nombreuses questions sur la faisabilité d’un tel projet. « Nous allons vous donner une licence pour fabriquer des Patriot », a déclaré M. Trump. « C’est plutôt cool », a-t-il ajouté, alors que le président ukrainien était assis à ses côtés. « De cette façon, vous ne pourrez pas vous plaindre qu’on ne vous en fournit pas assez », a-t-il également glissé. Une déclaration néanmoins suivie d’une précision de taille : « Nous n’en avons pas encore informé l’entreprise, mais ça va s’arranger. »
Les missiles Patriot, clés pour la défense antimissile de l’Ukraine face aux salves russes, sont en réalité fabriqués par deux entreprises : Raytheon et Lockheed Martin. Mais, actuellement, seuls deux pays dans le monde ont l’autorisation pour les fabriquer en dehors du territoire américain : le Japon et l’Allemagne. Tokyo fabrique la dernière version, les PAC-3, tandis que l’Allemagne a obtenu très récemment, en 2024, le droit de produire la version précédente, les PAC-2. L’Ukraine serait donc le troisième pays au monde à bénéficier d’une telle licence.
En Allemagne, la production de Patriot est le fruit d’une joint-venture entre Raytheon et le fabricant européen de missiles MBDA. L’usine se trouve à Schrobenhausen, en Bavière, au nord de Munich. Elle est sortie de terre dans le cadre d’un investissement de 4,5 milliards d’euros signé entre l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Espagne, avec l’objectif affiché de parvenir à « doubler » la capacité de production de Patriot des Etats-Unis, dont entre 600 et 800 unités, tous modèles confondus, sortent actuellement d’usine chaque mois, selon certaines évaluations publiques.
Partout, la demande pour ce vecteur capable d’intercepter des missiles balistiques explose. Seize pays dans le monde utilisent des Patriot. Les Américains eux-mêmes ont utilisé plus de la moitié de leurs stocks pour leurs frappes sur l’Iran ces derniers mois, d’après les évaluations du Center for Strategic and International Studies, un centre de réflexion américain qui fait référence sur le sujet. La production du site de Schrobenhausen, dont une partie est d’ores et déjà prévue pour l’Ukraine, démarre toutefois à peine. Les premières livraisons pour Kiev ne devraient pas intervenir avant 2027.
Les délais avant que Kiev ne soit, à son tour, en mesure de produire pour lui-même des Patriot s’annoncent donc longs. La question du financement du projet pose, en outre, question. L’Allemagne avait tenté d’obtenir des fonds européens pour son site de Schrobenhausen, suscitant l’ire de Paris, très attaché au développement de la souveraineté européenne.
Délais très longs
Reste, enfin, la question de la sécurisation du site qui serait choisi en Ukraine, où, à ce jour, aucun industriel européen ne s’est lancé officiellement dans la production d’armement. Plusieurs projets ont été annoncés, mais ils apparaissent gelés, comme ceux du groupe allemand Rheinmetall, amorcés fin 2025. Seuls des sites de maintenance de matériels usés se maintiennent actuellement en Ukraine, la plupart opérés par une société privée comme Babcock. La production de Patriot sous licence, « c’est un défi de taille, c’est vrai. (…) Mais je pense que l’Europe a un besoin urgent de sa propre capacité à produire des systèmes antibalistiques », a réagi M. Zelensky, durant le sommet de l’OTAN.