Source: Le Monde
Airbus creuse l’écart avec Boeing, qui paye la note de ses années noires
De début janvier à fin juillet, le constructeur européen mène nettement le match de la demande, avec 1 090 appareils commandés en 2026, contre 483 pour son rival américain
Éric Béziat
Au terme des sept premiers mois de 2026, le match commercial qui oppose les deux géants de l’aéronautique civile tourne franchement à l’avantage d’Airbus. Mardi 11 août, l’américain Boeing a dévoilé ses données de prises de commandes et de livraisons pour le mois de juillet, ce qui permet de comparer les deux constructeurs, son concurrent européen ayant déjà rendu publics ses propres résultats, vendredi 7 août.
Le groupe de Seattle a annoncé 38 prises de commandes brutes (hors annulations) en juillet, dont 18 monocouloirs de la famille 737 et 20 gros porteurs (19 B787 et un 777). Par ailleurs, toujours en juillet, Boeing a livré 53 nouveaux avions à ses clients, dont 19 Max. Airbus, de son côté, avait annoncé 204 commandes et 67 livraisons.
En cumul, et en arrêtant le compteur au 31 juillet, Airbus mène nettement le match de la demande, avec 1 090 appareils commandés depuis le début de l’année (hors annulations), contre 483 pour Boeing. Le constructeur basé à Toulouse continue d’engranger les succès commerciaux avec ses monocouloirs A220 (178 commandes) et surtout ceux de la famille A320 (773). Dans cette dernière catégorie, cinq acheteurs ont atteint voire dépassé les 100 avions réservés cette année : des compagnies asiatiques (China Eastern, China Southern, et la malaisienne Air Asia, la plus grosse acheteuse de l’année avec 150 commandes) et des géants de la location d’avions (AerCap et SMBC Aviation Capital).
L’écart est d’autant plus frappant qu’en 2025, pour la première fois depuis 2018, Boeing avait emporté la compétition commerciale face à Airbus sur l’année entière – 1 175 contre 1 000. Par ailleurs, au salon aéronautique international de Farnborough (Royaume-Uni), en juillet, les annonces de commandes avaient placé l’américain en tête (173 contre 154). Mais une partie de ces chiffres avait déjà été comptabilisée : c’est le cas de la commande de cent 737 MAX par SMBC Capital, mise en avant à Farnborough mais créditée dans les chiffres de juin à un acheteur inconnu.
Handicap commercial
Boeing, malgré d’évidents progrès industriels et une amélioration de son rythme de livraisons depuis plusieurs mois (Airbus n’a que 51 avions d’avance dans cette course-là, soit 418 contre 367 à fin juillet), continue à payer la note de ses années noires. Le géant de Seattle a vu s’enchaîner les crashs dramatiques de deux 737 Max en 2018 et 2019, des grèves massives post-pandémie de Covid-19 dans ses usines américaines et des problèmes récurrents de qualité en 2024. Tout récemment, le fait que la FAA, l’autorité américaine de l’aviation civile, a demandé une inspection des rails de sièges potentiellement mal fixés sur environ 450 Max ne contribue pas à tranquilliser les clients.
Directement liés à ce contexte, les retards de certification, par la FAA, de plusieurs de ses modèles-clés constituent, pour Boeing, un handicap commercial certain. Les compagnies aériennes hésitent parfois à s’engager sur des modèles dont le calendrier de développement glisse continuellement. Le très gros porteur 777X accumule sept ans de retard, au grand dam de clients majeurs comme Emirates ou Lufthansa. De même, l’attente autour du 737 Max 10 bloque certaines perspectives de mégacontrats. Une lueur d’espoir est toutefois apparue récemment : Boeing vient d’obtenir, début août 2026, la certification officielle de la FAA pour le 737 Max 7 après une décennie d’attente et de revirements techniques.
Autre contretemps pour Boeing : la promesse avancée par Donald Trump, lors d’une visite en Chine, mi-mai, de l’achat d’au moins 200 appareils de l’avionneur américain par les compagnies chinoises ne s’est toujours pas concrétisée. Airbus, lui, on l’a vu, continue à écouler ses appareils en masse sur ce qui est le premier marché aéronautique civil du monde.
Malgré ces difficultés, Boeing détient de précieux atouts. D’abord, la confiance de ses gros clients, comme Ryanair, est globalement revenue. Ensuite, la demande mondiale en avions est si forte (les carnets de commandes d’Airbus sont pleins pour plus de dix ans) que les compagnies n’ont pas d’autre choix que de commander chez Boeing. Enfin, le constructeur américain reste le numéro un incontesté des gros-porteurs, qui représentent 35 % de son carnet de commandes, contre 13 % pour Airbus. Or ces aéronefs sont bien plus rémunérateurs.