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Extrait jounal Le Monde du 23/03
Le prix du kérosène a lui aussi bondi presque aussitôt : il s’établit aujourd’hui à environ 1 800 dollars la tonne, soit 120 % de plus qu’avant la guerre. Résultat : les compagnies aériennes ont augmenté le prix des billets. Dès le 12 mars, Air France et KLM ont par exemple annoncé une surcharge de 50 euros pour les vols long courriers. Le coût du fret maritime a lui aussi grimpé : le prix moyen du fioul à très basse teneur en soufre – utilisé par de nombreux navires – dans les vingt plus grands ports de ravitaillement a quasiment doublé, passant de 544 dollars la tonne le 27 février à 1 053 dollars vendredi 20 mars, selon l’observatoire Ship & Bunker. Une hausse qui se transmet au coût d’expédition et, donc, à celui des marchandises.
Source: Le Monde du 24/03/2026
L’envolée du prix du kérosène pénalise les voyageurs américains. Les compagnies aériennes américaines doivent, en particulier, encaisser un surcoût de 400 millions de dollars depuis le début de la guerre
Arnaud Leparmentier
SAN FRANCISCO- correspondant
Le prix du kérosène a doublé depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, les compagnies aériennes américaines n’étaient pas couvertes contre ce risque, et c’est le passager qui va payer l’addition. Ainsi se résume la situation aux Etats-Unis, alors que les trois compagnies principales – Delta, United et American Airlines – ont annoncé un surcoût de 400 millions de dollars (345 millions d’euros) au mois de mars. Le choc a lieu dans un contexte difficile : les tempêtes hivernales ont paralysé la moitié est des Etats-Unis pendant l’hiver, la fermeture (shutdown) partielle de l’administration allonge les files d’attente pour passer les contrôles de police, tandis qu’une collision avec un camion de pompiers ayant tué les deux pilotes d’un avion d’Air Canada, dimanche 22 mars à l’aéroport new-yorkais de La Guardia, confirme que le réseau américain est au bord de la saturation.
« Le carburant d’aviation a presque doublé depuis le début de l’année. Il ne s’agit donc pas uniquement du prix du brut ; les marges de raffinage sont également nettement supérieures à ce qu’elles étaient », a déclaré, le 17 mars, le PDG de Delta, Ed Bastian, à une conférence organisée par la banque J.P. Morgan. « Ce sera la première fois que notre secteur d’activité traversera un choc pétrolier aussi soudain sans que personne ne dispose de couvertures contre la fluctuation des prix du carburant », a-t-il ajouté. A l’exception notable, justement, de Delta, qui dispose de sa propre raffinerie de Monroe Energy, sise au sud de Philadelphie sur la Côte est, et peut se protéger ainsi, non pas contre la hausse du brut, mais contre celle des marges.
United n’a pas cette option. Son PDG, Scott Kirby, a expliqué que la compagnie allait augmenter les prix. « Notre objectif, cette année, est de compenser intégralement la hausse des prix du carburant, qui s’élève actuellement à environ 4,6 milliards de dollars [sur un an], par nos revenus. Pour ce faire, nous avons besoin que notre revenu par passager et kilomètre progresse de 8,5 points supplémentaires », a-t-il déclaré à la même conférence. Ce dernier a décidé d’annuler les vols les moins fréquentés en semaine. Il a également suspendu ses vols vers Tel-Aviv et Dubaï et réalloué sept gros-porteurs Boeing 777, moins coûteux, pour remplacer sur les lignes intérieures des B757. Enfin, American Airlines espère s’en sortir grâce au marché intérieur, moins affecté. « Nous disposons du réseau le plus solide sur le plan national, et nous avons l’intention de le développer et de le renforcer, afin que nos clients puissent l’utiliser pour se rendre partout où ils le souhaitent grâce à nos partenaires », a déclaré le PDG, Robert Isom.
La Bourse a sanctionné différemment les trois entreprises qui perdent respectivement 5 %, 16 % et 30 % depuis le début de l’année, Delta semblant protégée par ses raffineries et United par ses hausses de prix et son agilité. Paradoxalement, les commandes sont bonnes en mars, les consommateurs se ruant pour faire des réservations dans la crainte d’une envolée encore pire : les compagnies affichent des hausses de prix et de réservations à deux chiffres. De même pour les marges, les géantes américaines n’en finissant pas de réduire leur classe économique pour augmenter leur profitabilité.
La loi sur le cabotage suspendue
La situation s’annonce plus délicate pour les compagnies à bas prix, pour lesquelles le coût du carburant est proportionnellement plus important. Les compagnies américaines sont moins touchées que celles d’Europe et d’Asie, qui doivent aussi éviter les zones de guerre et allonger leurs trajets pour leurs vols long-courriers.
Dans ce choc pétrolier, toute l’Amérique souffre, mais tout le monde n’est pas à la même enseigne. Les prix des carburants automobiles se sont envolés aux Etats-Unis, atteignant en moyenne 3,95 dollars le gallon, soit un bond de plus de 1 dollar en un mois. Le record toutes catégories du prix de l’essence est atteint par la Californie (5,79 dollars), qui souffre de la réduction de ses raffineries, de l’absence de pipeline en provenance du Texas, et doit importer d’Asie une partie de ses produits raffinés.
Le sujet menace l’aérien, selon Shon Hiatt, professeur à l’université de Californie du Sud et spécialiste de l’énergie, la Chine ayant suspendu ses exportations et la Corée du Sud les ayant plafonnées. « Les Chinois ne veulent pas exporter de diesel, d’essence ni de carburant pour avions : ils en ont besoin pour leur propre population. La Corée du Sud fera probablement de même très bientôt. Il s’agit donc là d’une question de sécurité énergétique et nous verrons des avions cloués au sol », prédit Shon Hiatt.
L’administration Trump semble partager ce sentiment d’urgence. La loi sur le cabotage, le Jones Act de 1920, empêche d’acheminer du pétrole depuis le Texas par le biais du canal de Panama vers les ports de Californie. Le navire allant d’un port américain à un autre doit être construit aux Etats-Unis, battre pavillon américain et avoir un équipage américain, ce qui n’est jamais le cas des pétroliers. Avant la guerre en Iran, cette loi protectionniste était déjà contournée.
Avec le blocage du détroit d’Ormuz, Donald Trump l’a suspendue. « La décision du président Trump d’accorder une dérogation de soixante jours à la loi Jones ne constitue qu’une étape supplémentaire visant à atténuer les perturbations à court terme sur le marché pétrolier. Cette mesure permettra à des ressources vitales – telles que le pétrole, le gaz naturel, les engrais et le charbon – d’affluer librement vers les ports américains pendant soixante jours », a déclaré, le 18 mars, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt.