Source: Le Monde du 24/08/2026
La France reste à des niveaux record pour les ventes d’armes
Grâce notamment aux Rafale, la France a exporté pour 21,2 milliards d’euros d’armement en 2025, soit autant qu’en 2024
Olivier Pinaud
Pour la deuxième année de suite, les exportations d’armes françaises ont dépassé les 20 milliards d’euros en 2025. Les prises de commandes se sont élevées à 21,2 milliards d’euros, après 21,6 milliards en 2024, selon le rapport au Parlement 2026 publié le 12 août sur le site du ministère des armées. Il s’agit du troisième plus haut montant historique, le record remontant à 2022 avec 26,9 milliards d’euros, grâce à la commande de 80 avions de combat Rafale par les Emirats arabes unis. En 2023, les exportations étaient lourdement retombées, à 8,2 milliards d’euros.
Cette fois, elles se sont maintenues, reflétant le mouvement de réarmement massif engagé depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022. En 2025, les dépenses de défense mondiales ont augmenté d’environ 2,5 % pour atteindre 2 630 milliards de dollars (2 420 milliards d’euros), selon l’Institut international d’études stratégiques. Les Etats-Unis et les 31 autres pays membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord représentent ensemble environ la moitié de ce montant. Les dépenses de défense des Etats membres de l’Union européenne sont estimées à 381 milliards d’euros par l’Agence européenne de défense, soit une augmentation de plus de 62 % entre 2020 et 2025.
En 2025, la France a profité de la signature de plusieurs très grosses commandes : 26 avions Rafale et des armements associés par l’Inde, pour sa marine ; deux sous-marins Scorpène Evolved par l’Indonésie ; une quatrième frégate de défense et d’intervention par la Grèce ; des hélicoptères Caracal par le Maroc ; un satellite de télécommunications militaires par le Luxembourg ; des véhicules Scorpion par la Belgique et le Luxembourg ; des canons Caesar par la Slovénie et la Croatie ; et, enfin, des missiles de défense aérienne Mistral, fabriqués par MBDA, par la Roumanie, la Belgique, le Danemark, l’Estonie et Chypre.
« Le secteur missilier est celui qui a connu la plus forte hausse : + 15 % entre 2024 et 2025 », souligne le rapport, en raison des réexportations vers l’Ukraine et du besoin des Etats de reconstituer leurs stocks. Les missiles représentent 18 % des prises de commandes en 2025. Ils se positionnent juste derrière le secteur naval (19 % environ), mais devant les matériels terrestres (12 %).
« Un levier indispensable »
« Au-delà des contrats emblématiques, le montant 2025 des prises de commandes repose également sur un socle de contrats inférieurs à 200 millions d’euros », note le document. Des « petits » contrats qui représentent un montant cumulé d’environ 7 milliards d’euros, contre 6 milliards en 2024. Cela tient compte des activités de maintien en condition opérationnelle, de formation ou de modernisation, qui découlent des signatures antérieures de grands contrats.
Le premier moteur des exportations reste le Rafale de Dassault Aviation, qui tire avec lui tout le secteur aéronautique : ce dernier représente environ 40 % des prises de commandes de 2025. « La persistance du succès du Rafale à l’export (…)maintient l’assurance d’une chaîne de production pérenne en France », explique le rapport rédigé par le ministère des armées, car cette dernière « ne peut être viable financièrement qu’avec un minimum d’avions produits par an ».
Plus largement, « les exportations constituent un levier indispensable au maintien d’une base industrielle apte à équiper nos forces. Elles sont garantes d’un plan de charge à long terme de nature à convaincre les industriels de financer les investissements nécessaires, pour renforcer leur réactivité et leur compétitivité et accélérer leurs cadences de production », insiste le document. Il rappelle que le secteur de la défense représente « 240 000 emplois répartis sur tout le territoire français, avec une perspective d’emplois stables, durables, dans les prochaines années ».
Si elle reste le deuxième exportateur mondial d’armes, loin derrière les Etats-Unis et leurs 283 milliards d’euros d’autorisations de vente en 2025, la France doit faire face à une « concurrence resserrée », souligne le rapport. « Les cinq principaux exportateurs de la période 2021-2025 (Etats-Unis, France, Russie, Allemagne et Chine) se sont partagé environ 70 % du marché mondial de l’armement », mais « des acteurs plus récents s’affirment chaque jour davantage, à l’instar de la Chine, de la Corée du Sud ou de la Turquie, qui bénéficient d’une montée en gamme de leurs produits et d’un contrôle export plus libéral ». L’évolution technologique, comme le développement des drones aériens, navals ou terrestres, a tendance à réduire les barrières à l’entrée.
La France doit aussi affronter la concurrence de plus en plus forte de l’Allemagne, dont l’industrie profite de la très forte augmentation du budget de la défense, porté à 100 milliards d’euros en 2025, positionnant le pays à la quatrième place mondiale en matière de dépenses militaires, derrière les Etats-Unis, la Chine et la Russie, mais devant l’Inde, le Royaume-Uni, l’Ukraine, l’Arabie saoudite et la France. Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, avec un montant d’environ 13 milliards d’euros, l’Allemagne est devenue, en 2025, le quatrième exportateur mondial d’armes, passant devant la Chine. Les trois premiers sont les Etats-Unis, la France et la Russie.
Concernant le sujet sensible des exportations d’équipements de défense vers Israël, le rapport indique qu’en 2025, « le nombre de licences d’exportation accordées à destination d’Israël décroît pour la troisième année de suite, marquant ainsi une baisse de 50 % par rapport à 2023 et de 26 % par rapport à 2024 ». Les prises de commandes israéliennes ont, quant à elles, diminué de 8 % par rapport à 2024, avec un montant de 24,9 millions d’euros, et les flux de livraison vers Israël ont atteint 19,8 millions en 2025.
« Ce montant correspond à des prises de commandes antérieures à 2025 et concerne pour un tiers des composants qui seront intégrés dans des matériels défensifs et pour deux tiers des composants », précise le rapport en rappelant que « la France ne livre pas d’armes à Israël et se limite à exporter des composants ayant vocation soit à être intégrés dans des systèmes défensifs, soit à être réexportés vers des pays tiers ». Comme il l’a déjà fait en juin 2025, le gouvernement a remis, en juillet, aux commissions compétentes de l’Assemblée nationale et du Sénat, le détail des exportations vers Israël pour l’année 2025. Classifiées, ces données ne sont pas communiquées au public.