NGAD alias Boeing F-47

Source: Le Monde

Boeing remporte le marché du futur avion de combat américain

L’Etat fédéral a préféré le programme de la firme de Seattle, qui accumule les difficultés, à celui de Lockheed Martin

Arnaud Leparmentier

NEW YORK – correspondant

C’est un beau numéro », s’est réjoui Donald Trump dans le bureau Ovale de la Maison Blanche, vendredi 21 mars. Le programme de Boeing a été baptisé F-47, en référence à la fonction de 47président des Etats-Unis qu’occupe le milliardaire républicain. Si le géant aéronautique a poussé la flagornerie aussi loin, c’est pour remporter le gigantesque contrat militaire destiné à bâtir l’avion du futur des Etats-Unis, en remplacement du F-22 Raptor de Lockheed Martin.

Voilà qui tombe à point nommé pour la firme née à Seattle, laquelle accumulait les déboires depuis des années, qu’il s’agisse de la sécurité défaillante de ses appareils civils, de son incapacité à faire revenir sur Terre les astronautes bloqués sur la Station spatiale internationale (ramenés par SpaceX, la firme d’Elon Musk), ou de ses surcoûts pour construire le futur avion présidentiel ultra-sécurisé Air Force One. Elle avait besoin de rebondir, et l’Etat fédéral a volé à son secours en préférant sa proposition à celle de Lockheed Martin, dont l’avion de combat F-35 connaît d’ailleurs, lui aussi, des retards et des surcoûts majeurs.

« Les ennemis de l’Amérique ne le verront jamais venir. (…) Ils ne comprendront pas ce qui les attend », a déclaré Donald Trump, vantant cet appareil dit de sixième génération. Le Pentagone n’a pas levé le voile sur le coût du programme. Cependant, selon l’agence Bloomberg, l’US Air Force prévoit de consacrer 20 milliards de dollars (18,5 milliards d’euros) à son développement et à son ingénierie d’ici à 2029. Si tout se déroule comme prévu, les premières livraisons devraient avoir lieu dans les années 2030. Le contrat s’étalera sur des décennies et devrait coûter au total 2 000 milliards de dollars au contribuable américain, écrit Bloomberg, qui précise que les éventuels surcoûts dudit contrat couvert par le secret-défense seraient pris en charge par le Pentagone. L’annonce a provoqué une envolée de 6 % de l’action de Boeing à Wall Street, tandis que celle de Lockheed Martin s’affichait en recul de 7 %.

Il s’agit d’une commande majeure dans le cadre du programme Next Generation Air Dominance (NGAD), conçu pour assurer la domination aérienne des Etats-Unis face à la Chine. Le F-47 serait protégé par des drones et serait plus compétitif dans le Pacifique que le F-22 Raptor, dont le rayon d’action n’est que de 750 kilomètres et qui dépend d’avions plus lents pour son ravitaillement en vol. L’US Air Force en détient 183, au prix catalogue de 143 millions de dollars.

Entre deux feux

« Comparé au F-22, le F-47 coûtera moins cher et sera plus adaptable aux menaces futures – et nous aurons plus de F-47 », a déclaré le chef d’état-major de l’US Air Force, le général David Allvin. La Chine travaille également sur un avion de combat de sixième génération, comme en témoignent des images et des vidéos d’un appareil de forme triangulaire apparues en ligne ces dernières semaines. Le programme NGAD comprend deux avions de combat distincts pour l’US Air Force et la Navy, évitant ainsi les complexités observées, par le passé, avec l’approche commune du F-35. Ce dernier, dont le contrat avait été remporté en 2001 contre Boeing, avait été vilipendé par Elon Musk. 

« La conception du F-35 était défaillante, car il devait être trop polyvalent pour un trop grand nombre de personnes. Cela en faisait un appareil coûteux et complexe, bon à tout et propre à rien. Le succès n’a jamais été au rendez-vous », accusait-il, le 24 novembre 2024, ajoutant que « les avions de chasse pilotés [étaient] de toute façon obsolètes à l’ère des drones. Ils ne feront que tuer des pilotes ».

Une enquête du Wall Street Journal révélait, à la fin de février, que la Silicon Valley et des entreprises comme Palantir (intelligence artificielle), Anduril Industries (drones), Epirus (électronique de guerre) ou SpaceX tentaient de pénétrer le Pentagone, arguant que leurs technologies étaient mieux adaptées à la défense du futur, qu’il s’agisse des drones, du projet de « dôme d’or », censé protéger les Etats-Unis des missiles, ou de l’intelligence artificielle. « J’ai conseillé aux entreprises et aux fonds de capital-risque de se lancer dans cette aventure, car nous ne savons pas combien de temps elle durera, mais elle est incroyablement favorable aux technologies de défense », a déclaré au Wall Street Journal Jacqueline Tame, directrice exécutive par intérim du Silicon Valley Defense Group, qui assure la liaison entre les start-up du secteur et le Pentagone.

Ce dernier se trouve pris entre deux feux : d’un côté, Elon Musk et Donald Trump entendent faire des économies dans le budget de la défense, et, de l’autre, l’administration Trump semble vouloir relancer les efforts d’armement face à la Chine. Le Congrès voit d’un très mauvais œil les projets de coupes claires dans les dépenses, comme l’atteste une mise en garde des présidents républicains des commissions des forces armées de la Chambre des représentants et du Sénat, le représentant Mike Rogers (Alabama) et le sénateur Roger Wicker (Mississippi).

Ils s’inquiètent, dans un communiqué publié le 19 mars, « des informations selon lesquelles le département de la défense envisagerait des changements unilatéraux sur des questions stratégiques majeures, notamment des réductions significatives des forces américaines stationnées à l’étranger », en particulier au Japon. Ils affirment que le Congrès « n’acceptera pas de changements importants à [la] structure de combat » imposés unilatéralement, qui pourraient « compromettre la dissuasion américaine sur la planète ».

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