Source: L’essentiel du 25-6-2026

Mise à jour
La réaction de l’AOPA.lu sur https://www.aopa.lu/2026/06/28/pilots-dont-fall-from-the-sky/
Les pilotes ne tombent pas du ciel !
Communiqué de presse – AOPA Luxembourg
AOPA Luxembourg exprime sa vive opposition à toute volonté de réduire, marginaliser ou évincer l’aviation générale de l’aéroport de Luxembourg au profit exclusif de l’aviation commerciale et du fret.
Depuis plusieurs mois, le débat n’est plus théorique. Entre les déclarations publiques de responsables du secteur aéroportuaire, les articles de presse et les orientations associées au développement futur du Findel, l’idée d’un recul programmé de l’aviation générale n’a plus rien d’une simple spéculation. Lorsque lux-Airport laisse entendre que la cohabitation actuelle entre aviation commerciale et aviation générale a une « durée de vie limitée », et que Luxair que » la cohabitation entre aviation commerciale et aviation générale au Findel devient de plus en plus difficile » il est normal et légitime qu’AOPA Luxembourg prenne publiquement la parole.
AOPA Luxembourg refuse que l’aviation générale devienne la variable d’ajustement d’une stratégie de croissance pensée presque exclusivement pour les grands opérateurs commerciaux. Un incident isolé, aussi sérieux soit-il, ne saurait servir de prétexte pour remettre en cause un pan entier de l’activité aéronautique nationale.
Cette logique est d’autant plus contestable que d’autres options existent. Luxair reconnaît elle-même le poids considérable de la clientèle française dans son activité touristique. Selon son CEO Gilles Feith, les résidents français représentent 42% de la clientèle de LuxairTours, devant les Luxembourgeois, passés sous les 30%. Si ce chiffre concerne LuxairTours, et non l’ensemble de la compagnie, il confirme clairement l’importance stratégique du marché français. Dans ce contexte, si certains opérateurs commerciaux estiment manquer de capacité au Findel, ils devraient aussi examiner sérieusement des solutions complémentaires, y compris du côté de Lorraine Airport Metz-Nancy, une option déjà évoquée publiquement comme envisageable.
Le débat doit aussi être mené avec cohérence. S’il est question de nuisances, de sécurité ou d’intérêt général, il est impossible d’ignorer la réalité du trafic cargo lourd. Cargolux est aujourd’hui l’une des plus grandes compagnies tout-cargo d’Europe et exploite au départ de Luxembourg une flotte de Boeing 747-8F et 747-400F. Un Boeing 747-8 peut embarquer de l’ordre de 238 000 litres de carburant, selon la variante et la mission. Le transport aérien cargo peut en outre inclure, dans un cadre réglementé, des marchandises dangereuses soumises à des règles internationales strictes. Faire de l’aviation légère le problème principal tout en taisant l’échelle réelle des nuisances, des masses en jeu et des conséquences potentielles du trafic cargo lourd n’est ni sérieux ni équilibré. Pour rappel, les avions commerciaux survolent la ville à environ 300 à 600 mètres au‑dessus du sol, qu’il s’agisse de turbopropulseurs comme le Dash 8 Q400 (~29 tonnes), d’Embraer (~25 à 30 tonnes), de Boeing 737 de Luxair (60 à 80 tonnes) ou de gros porteurs cargo comme les Boeing 747‑8F de Cargolux pouvant dépasser 400 tonnes.
AOPA Luxembourg rappelle enfin une évidence que certains semblent oublier: les pilotes ne tombent pas du ciel. Les pilotes professionnels de demain commencent dans les aéroclubs, dans les écoles de pilotage, sur des avions légers, avec des instructeurs de terrain. L’aviation générale constitue le premier maillon de la chaîne de formation aéronautique. Elle joue un rôle essentiel en matière de formation des pilotes, de sécurité aérienne, d’activités économiques spécialisées et de transmission d’un savoir-faire reconnu bien au-delà des frontières du pays. Fragiliser cette filière, c’est affaiblir à terme tout l’écosystème aérien, y compris commercial.
L’aéroport de Luxembourg n’appartient ni à une compagnie, ni à un seul modèle économique. Il doit rester un aéroport national, au service d’une coexistence intelligente entre aviation commerciale, fret, aviation d’affaires, aviation générale, formation et activités associatives. Opposer brutalement ces usages serait une faute stratégique.
Nous ne sommes pas opposés au changement, mais nous refusons d’être sacrifiés au nom d’une vision exclusivement commerciale de l’aéroport. L’aviation générale mérite d’être considérée comme un partenaire, pas comme une variable d’ajustementAOPA Luxembourg appelle donc les autorités compétentes, les gestionnaires concernés et les responsables politiques à rejeter toute logique d’éviction, à ouvrir un débat transparent fondé sur des faits dans un esprit de responsabilité, de coopération et de respect mutuel et à préserver durablement la place de l’aviation générale et de la formation au Findel.
Chris SCOTT
Présidente
AOPA Luxembourg
Celle de Paperjam sur https://en.paperjam.lu/article/at-findel-small-aircraft-are-fighting-to-hold-their-ground
Un Antonov An-2 renversé par le vent à l’aérodrome d’Agadez (Niger) en octobre 2018
