France: le contrôle aérien

Source Le Monde du 26/06/2026

Le contrôle aérien français suscite des inquiétudes en Europe

Un rapport sénatorial, présenté mercredi en commission des finances, appelle à une hausse des embauches dans le secteur

Éric Béziat

Les défaillances du contrôle aérien en France pourraient-elles provoquer un grippage total de la mécanique européenne du transport aérien ? C’est l’alarmante question que pose un rapport sénatorial présenté mercredi 24 juin en commission des finances. Le principal rédacteur et rapporteur, Vincent Capo-Canellas (Union centriste), y dresse un constat sévère de la performance du contrôle aérien français et suggère une série de mesures d’ampleur pour éviter ce qui pourrait s’apparenter à un scénario noir – économique et opérationnel – à l’échelle du continent.

Le diagnostic, d’abord : la France est le plus mauvais élève européen en matière de retards imputables au contrôle aérien. En 2025, la direction des services de la navigation aérienne (DSNA) a généré à elle seule 6,6 millions de minutes de retard (110 000 heures), soit une hausse de 60 % par rapport à 2019. Ces perturbations ont représenté 840 millions d’euros de surcoût pour les compagnies aériennes, sans compter les désagréments pour les passagers.

Surtout, la situation française est la seule à se dégrader en Europe. Entre 2015 et 2025, un tiers des retards liés au contrôle aérien sur le continent auraient eu pour origine l’Hexagone. Cette proportion a même atteint 36 % en 2025 (dont 18 % pour le seul centre de contrôle d’Aix-en-Provence, dans les Bouches-du-Rhône), alors que tous les autres pays-clés amélioraient leurs performances, au point que certaines compagnies comme easyJet préfèrent rallonger des vols plutôt que traverser l’espace aérien français.

Goulet d’étranglement

Mais il y a pis : Eurocontrol, l’organisation qui coordonne le trafic en Europe, anticipe une dégradation importante de la performance du contrôle aérien tricolore d’ici à 2030, au point que le pays pourrait devenir un goulet d’étranglement majeur, entraînant des pertes financières estimées à 1,7 milliard d’euros par an pour les compagnies aériennes. Compte tenu de la position géographique déterminante de la France, carrefour de plusieurs routes aériennes, le rapport agite le spectre d’un « blocage majeur du ciel européen ».

La cause principale de cette dégradation à venir est démographique. La DSNA doit préparer le départ à la retraite d’environ 30 % des 4 000 contrôleurs opérationnels entre 2029 et 2035. Or, la durée de formation des contrôleurs français – environ cinq ans, contre trois ans en moyenne dans le reste de l’Europe – réduit les marges de manœuvre pour renouveler vite les effectifs.

Le Sénat évoque aussi des rigidités organisationnelles (temps de travail des contrôleurs difficile à mesurer, organisation des tâches très peu individualisée) qui limiteraient la capacité du contrôle aérien à adapter ses ressources à l’évolution du trafic. Malgré les réformes engagées ces dernières années, la productivité moyenne des contrôleurs demeure inférieure à la moyenne européenne, selon les données d’Eurocontrol.

S’ajoute un retard technologique préoccupant. Les grands programmes de modernisation ont accumulé les retards. Parallèlement, l’obsolescence croissante de certaines infrastructures techniques augmente le risque de panne et de dysfonctionnement. « Face à ce constat, je propose un nouveau pacte social aux contrôleurs aériens français », déclare M. Capo-Canellas. Un « deal » décliné en six mesures, mais qui pourrait se résumer ainsi : des recrutements substantiels contre des efforts de productivité et un assouplissement de l’organisation du travail.

La première décision consiste en une embauche supplémentaire de 60 contrôleurs aériens par an à partir de 2027 (comparé à 160 par an prévus en 2026 et 2027) et ce « pendant plusieurs années ». Cette mesure coûterait 36 millions d’euros supplémentaires par an à horizon 2035. Elle serait toutefois aisément absorbable, car alimentée directement par la hausse du trafic. 

L’autre grande série de mesures risque de heurter plus frontalement les puissants syndicats de contrôleurs aériens. Il s’agit d’améliorer la transparence de l’organisation du travail, d’évaluer plus précisément l’efficacité des dispositifs de performance déjà mis en place et d’engager de nouvelles réformes visant à raccourcir les délais de formation, à optimiser l’affectation des effectifs, en particulier durant l’été, et à améliorer l’adaptation des ressources aux besoins réels du trafic.

Au Syndicat national des contrôleurs du trafic aérien (SNCTA), première organisation de la profession, on partage toutefois l’essentiel du diagnostic concernant la nécessité de recrutement, les enjeux de temps de formation ou la poursuite de la mise en œuvre des dispositifs d’organisation du travail. A l’exception d’un regret principal : « Nous nous étonnons de l’absence de recommandation forte d’investissement dans la modernisation des outils techniques, élément essentiel à l’amélioration de la sécurité des vols et contributif de la performance », souligne-t-on au bureau national du SNCTA.

Source: Sénat français

DE LA COMMISSION DES FINANCES

Les points de blocage de la performance de la direction des services de la navigation aérienne et les moyens de les surmonter

Rapport d’information numéro 78524/06/2026