Source: Le Monde
Le projet d’extension des capacités d’accueil de Roissy avance, malgré les oppositions
Les compagnies aériennes se prononcent en faveur de ce programme de 8,2 milliards d’euros
Éric Béziat
Tel un gros-porteur traçant sa route entre les orages, le plan pluriannuel de développement des aéroports parisiens avance sans mollir vers son objectif final, son adoption définitive à la fin de cette année, malgré les oppositions. Lundi 14 septembre, la contestation est montée d’un cran contre le projet de contrat de régulation économique entre l’Etat et le groupe ADP (Aéroports de Paris), qui prévoit un investissement de 8,2 milliards d’euros, s’étalant sur huit ans (2027-2034), pour, notamment, augmenter la capacité d’accueil de l’aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle (CDG) de 10 millions de passagers, pour atteindre environ 90 millions de voyageurs.
Une manifestation réunissant une centaine de personnes, dont une dizaine d’élus, s’est déroulée en fin de journée devant le siège de l’opérateur aéroportuaire, non loin du terminal 1 de CDG, à Roissy-en-France (Val-d’Oise). Le petit happening – à la fois inquiet et joyeux – s’était constitué à l’initiative d’une quinzaine d’associations, la plupart locales, représentant des riverains, qui disent « souffrir chaque jour et chaque nuit » des nuisances sonores du plus grand aéroport de l’Union européenne. Plus tôt, la publication de données exclusives établies par l’ONG Transport & Environment (T & E) avait apporté des arguments-clés aux manifestants. Selon T & E, le contrat de régulation économique va conduire à 28 % d’émissions supplémentaires par rapport à un scénario sans projet d’extension, ce qui, d’après les calculs de l’organisation, est « strictement incompatible » avec la dernière version de la stratégie nationale bas carbone, fraîchement adoptée – c’était en juillet – par le gouvernement Lecornu. Ce tir de barrage n’empêche pas le contrat de régulation économique d’avancer. Une étape importante vient d’être franchie, a révélé, le 8 septembre, le quotidien Les Echos. Le plan de développement a reçu l’aval des compagnies aériennes et des principales organisations professionnelles du secteur, lors d’un vote de ces acteurs réunis en commission consultative économique (cocoéco) le 7 septembre. La proposition a été adoptée à 8 voix contre 6, et 5 abstentions.
Réactions irritées
La publication de ce résultat a déclenché des réactions irritées d’une autre catégorie d’opposants : un groupe de compagnies aériennes, qui considèrent que le projet fait la part trop belle au groupe Air France-KLM et les oblige, par une hausse des redevances, à payer pour l’extension d’un hub qui ne leur sert pas à grand-chose, d’autant plus que ces transporteurs, spécialisés dans les dessertes point à point, voient d’un très mauvais œil l’augmentation des ristournes de ces mêmes redevances pour les vols en correspondance, prévues par le plan Ainsi, si Air France, Transavia, Delta Air Lines, Qatar Airways et FedEx ont voté pour le contrat de régulation économique (en plus de la chambre syndicale des assistants d’escale, de l’association des compagnies d’Orly et de la haut fonctionnaire du ministère du développement durable qui préside la cocoéco), les low cost Volotea et easyJet, deuxième transporteur aérien en France, s’y sont opposés, de même qu’Air Algérie, Air Caraïbes, l’Association du transport aérien international et le Syndicat des compagnies aériennes autonomes (Scara), une organisation professionnelle tricolore représentant des acteurs spécialisés dans les dessertes de l’outre-mer.
« Si elles étaient avérées, ces données de vote publiées par voie de presse ne seraient pas le reflet d’une adhésion majoritairement favorable des compagnies, constate Jean-François Dominiak, président du Scara. Et ce n’est pas surprenant : les hausses de redevances, qui atteignent 16 % à 17 % dès la première année, couplées à la mise en œuvre en 2027 de la taxe spéciale CDG Express, constituent des augmentations équivalentes à l’actuelle taxe sur les billets d’avion, dont on sait très bien qu’elle a dissuadé des transporteurs aériens à se développer en France. »
Du côté d’ADP, on se félicite du « signal positif » que constitue le vote de la cocoéco et on assure avancer en concertation permanente avec toutes les parties. « Nous avons organisé plus de 55 rencontres publiques, avec 17 000 personnes au total, sur un territoire plus étendu que lors de la construction du projet du terminal 4, explique Régis Lacote, le directeur de CDG. Le contrat de régulation économique n’a rien à voir avec un quelconque gigantisme. » Mais à côté des objectifs affirmés de décarbonation et d’une volonté de développer l’intermodalité avec le ferroviaire, Régis Lacote rappelle les enjeux concernant le rang de la France dans la compétition entre hubs mondiaux, et le rôle moteur pour l’économie nationale que représente CDG, avec ses 90 000 salariés et ses 700 entreprises.
Le vote fait passer le projet dans une autre étape du processus : la saisine par la direction générale de l’aviation civile de l’Autorité de régulation des transports, laquelle aura ensuite deux mois pour rendre un avis conforme, c’est-à-dire qui s’imposera à tous.