Source journal Le Monde
Le gouvernement prêt à venir en aide aux compagnies aériennes
Les entreprises pourraient être éligibles à des reports de charges pour soulager des trésoreries souffrant de la flambée des prix du « jet fuel »
Éric Béziat
Que peut faire le gouvernement français face à la crise mondiale du kérosène ? La perspective de manquer de carburant d’aviation depuis la fermeture du détroit d’Ormuz a provoqué un doublement du prix du « jet fuel » et désorganisé le transport aérien. Selon les données de la société d’analyse Cirium, publiées le 4 mai et citées par le Financial Times, les compagnies ont supprimé au niveau mondial 2 millions de sièges en mai. Cette vague de suppressions ne représente néanmoins que 1,5 % du total mondial.
Alors comment agir à l’échelle hexagonale ? D’abord en tentant de rassurer. C’était l’objectif de la réunion qui s’est tenue, mercredi 6 mai, au ministère des transports, à Paris, et qui rassemblait, à côté des ministres des transports, de l’économie, de l’énergie et du tourisme, toutes les compagnies françaises (ou très implantées en France), les organisations représentant la filière, les administrations et les producteurs de kérosène. Rassurer un ensemble d’entreprises employant 100 000 personnes, mais aussi les acteurs du tourisme au sens large, secteur-clé de l’économie française, et les futurs voyageurs qui redoutent de ne pas pouvoir partir cet été.
Le gouvernement a annoncé que, face à l’urgence immédiate – le choc des coûts, plus que le risque de manquer de carburéacteur –, les entreprises de transport aérien qui se trouveraient en difficulté seraient éligibles à des mesures de soutien, dont des reports de charges sociales et fiscales. « Cela comprend un accès facilité aux prêts de la banque publique d’investissement [Bpifrance], a précisé Philippe Tabarot, le ministre des transports. Ces mesures indirectes fonctionnent plutôt bien pour le secteur routier et les compagnies aériennes ; si elles en ressentent le besoin, elles ont la possibilité d’y faire appel. »
« Les enjeux majeurs de court terme sont avant tout des enjeux de trésorerie », a noté le ministre de l’économie, Roland Lescure. Avec une facture de kérosène qui représente presque la moitié de leurs frais de fonctionnement contre un quart avant le conflit, certains transporteurs, qui ne sont pas protégés par des systèmes d’assurances appelées « couvertures », se retrouvent en zone critique. Selon nos informations, au moins deux entreprises ont déjà fait une demande de report de charges : la compagnie régionale Amelia, qui est aussi spécialisée dans les vols charters, et la low cost espagnole très présente en France, Volotea.
Interdictions de survol levées
Deuxième élément de réassurance : la disponibilité garantie du kérosène au cours de la période allant du mois de mai à fin août, moment où certaines compagnies réalisent les quatre cinquièmes de leur chiffre d’affaires. « Il y a eu un exposé très clair et un message très positif de la part des énergéticiens, témoigne un participant. Sans même toucher aux stocks stratégiques, d’ici à l’été il n’y a pas de raison de s’inquiéter. » Pourtant c’est 20 % du carburéacteur habituellement livré en France qui a disparu du paysage. « On est allé le chercher ailleurs, a expliqué M. Lescure. Il y a eu une hausse des importations provenant des Etats-Unis et d’Asie, une hausse aussi de nos capacités de raffinage qui nous ont permis de répondre à la demande. »
Les compagnies sont aussi en passe d’être entendues sur leurs demandes de flexibilité en cette période d’organisation chamboulée. Elles souhaitaient une mise en sommeil des règles sur les créneaux horaires de décollage et d’atterrissage sur les aéroports, en cas d’annulation de vol pendant cette période. Ces « slots » sont habituellement perdus dès lors qu’ils ne sont pas utilisés à au moins 80 % de leur capacité.
Le ministre des transports a expliqué que la demande avait été faite en ce sens à Bruxelles, qui a autorité en la matière, et qu’il ne doutait pas qu’un accord avec la Commission européenne pourrait être trouvé rapidement.
Le gouvernement a aussi précisé que la direction générale de l’aviation civile avait levé plusieurs interdictions de survol de six pays touchant à la zone de conflit : Arabie saoudite, Koweït, Qatar, Oman, Jordanie et Bahreïn. Une partie de l’espace aérien des Emirats arabes unis est également désormais considérée comme sûre. « Une décision prise exclusivement sur des critères de sécurité, a souligné M. Tabarot. C’est une bonne nouvelle. Cela va permettre à des compagnies qui étaient autour de la table de pouvoir reprendre l’exploitation de certaines lignes. »
Quant à la situation des passagers, un peu chahutés aussi, le gouvernement a justifié les cas de suppressions de vols, « assez exceptionnels », en mai et juin, par la fragilisation économique des compagnies, tout en rappelant leurs droits dans le cadre des règles européennes. Et de conclure, toujours pour dissiper les craintes, qu’aucune annulation n’est prévue pour la période estivale.