France: le contrôle aérien en grève …

Source: Le Monde

Vols au-dessus d’un nid de grévistes

PERTES & PROFITS|TRANSPORTS

Par Isabelle Chaperon

« C’est prendre en otage les Français que de choisir le jour où tout le monde part en vacances pour faire une grève du contrôle aérien » : le premier ministre, François Bayrou, n’a pas caché son agacement, jeudi 3 juillet, sur BFM-TV, à l’issue d’une journée de grève des aiguilleurs du ciel ayant entraîné la suppression de 933 vols au départ et à l’arrivée de Paris, Nice ou Marseille.

En vérité, les vacanciers français ne sont pas les seuls à pâtir d’un mouvement social qui devait se poursuivre vendredi 4 juillet, avec 1 500 vols annulés en Europe par jour de grève, selon l’association de compagnies aériennes Airlines for Europe, affectant près de 300 000 passagers.

Pas étonnant qu’une colère noire ait saisi nos voisins de l’autre côté de la Manche, dont les compagnies aériennes en ont assez de rejouer chaque été « vols au-dessus d’un nid de grévistes ». Elles doivent se soumettre au contrôle aérien français afin de transporter des hordes de touristes vers l’Espagne ou l’Italie

Pour Kenton Jarvis, le patron d’EasyJet, dont 70 % des vols passent au-dessus de l’Hexagone, il s’agit d’un abus de position géographique caractérisé. Le dirigeant a écrit au gouvernement français pour réclamer des mesures afin de « prévenir » ce genre de rançonnage. Michael O’Leary, le PDG de Ryanair, numéro un du transport de passagers en Europe, appelle, lui, à la démission d’Ursula Von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, « si elle n’est pas prête à réformer le système défaillant du contrôle aérien européen ».

« Ligue des retards »

« Comme toujours, le gouvernement français utilise la législation sur le service minimum pour protéger les vols domestiques locaux, tout en annulant de manière disproportionnée les survols », tacle l’Irlandais, qui chiffre à 70 000 le nombre de passagers de Ryanair touchés par les perturbations « made in France ». Et de rappeler : « Même le rapport [Mario] Draghi [ancien patron de la BCE], l’an dernier, soulignait l’urgence de réformer le contrôle aérien, notamment en protégeant les survols et en garantissant un effectif suffisant. »

Ce ras-le-bol se nourrit d’un score sans appel : le contrôle aérien français est le champion de la « ligue des retards » établie par la compagnie irlandaise, avec plus de 26 000 vols Ryanair retardés du 1er janvier au 30 juin, loin devant l’Allemagne et l’Espagne. Est-ce dû à un « sous-effectif », comme le dénoncent les syndicats minoritaires ayant appelé à la grève ? Est-ce lié à une « organisation du travail trop rigide », comme le pointe un rapport sénatorial d’octobre 2024 ? Au-delà des retards et des annulations, il y a là un enjeu de sécurité qui appelle à une vigilance extrême.